Bateaux, teinture et tricot

BATEAUX , TEINTURE ET TRICOT 

D' après les notes de Jules Baillet et l' "Histoire de la famille FEAU", dont Etienne Féau, Conservateur du Patrimoine, est l'auteur, et que Didier FEAU, pensionnaire à Massillon avec Joël en 1952-1953, lui a aimablement communiquée en janvier 1999. Etienne et Didier descendent respectivement de Valentin et de son frère Amédée, époux de Clotilde BECHARD, soeur de Constance (les deux frères avaient épousé les deux soeurs).

Un certain Guillaume FEAU, est connu dès 1518 comme valet de chambre ordinaire de la maison du Roi. Sous le nom de "sieur d'Izernay", il aurait servi successivement d'homme de confiance à François 1er, Henri II, François II, Catherine de Médicis et Charles IX. La tradition orale de la famille FEAU le revendique comme l'ancêtre de sa longue lignée tourangelle.

Pierre FEAU, né en 1732, fut le premier "maître-teinturier en soye" de la famille. Son fils François fit à l’âge de 20 ans le Tour de France des teinturiers compagnons du Devoir sous le nom de « Tourangeau le Bienfaisant » (il avait pour attribut compagnonnique celui des teinturiers, un tablier rouge). Né en 1789, Valentin devint lui-même maître-teinturier en soye comme son père et son grand-père après avoir parcouru la Suisse, le sud de l'Allemagne et l'Angleterrre. Il épousa Julie-Constance, fille de Jean-Jacques BECHARD, teinturier, rue du Griffon à Orléans, chez qui il avait fait une partie de son apprentissage et dont il devait plus tard reprendre l'affaire. Vieille et riche famille orléanaise, les BECHARD avaient été à l'origine marchands-bouchers des paroisses Saint-Paul et Recouvrance, puis bateliers sur la Loire, leurs bateaux assurant le parcours Nantes-Orléans).

La spécialité orléanaise était alors la teinture de la laine, qui provenait des troupeaux de Sologne, de Beauce et du Berry (les bleus et les rouges d'Orléans étaient réputés pour leur "grand teint". Durant près d'un siècle, Valentin et sa famille habitèrent à Orléans, sur la rive gauche de la Loire, une grande maison (la maison de l'Horloge, d'après Jules Baillet) située dans le quartier du Portereau (petit port) entre les quais et l'église St-Marceau. C'était une aristocratique demeure du 18ème siècle, relief de l'ancien couvent des Augustins ; la propriété comportait d'autres bâtiments, la teinturerie, un atelier de confection de calottes orientales, une fabrique d'ouate, une tuilerie, avec un grand jardin potager et un verger (la maison a laissé la place à un garage Mobil au 19-21 de l'avenue Dauphine (de la propriété ne subsiste aujourd'hui qu'un superbe cèdre).

Au début de leur mariage, Valentin et Constance broyaient eux-mêmes leurs couleurs, selon des formules que la profession se passait jalousement de bouche à oreille ; un ouvrier tournait la manivelle derrière une cloison, tandis que de l'autre côté Valentin mêlait en secret dans l'entonnoir du moulin des ingrédients tels que bois jaune, santal, garance, sel d'étain, tartre, alun, amidon, cochenille, couperose, poudre de campêche, etc... dont il consignait la liste dans un "livre de raison" , véritable grimoire donnant, avec la durée des bouillons, quelque 425 recettes de teintures, du gris-noisette au bleu de France et au rouge de l' Inde, en passant par l'aventurine, l'amélie, le cramoisi, le vert au chromate, le carmélite, le cachou ou l'ourika.

Valentin avait hérité d’un oncle maternel l'ancien presbytère de Sainte-Radegonde près de Tours, sur un terrain couvert de vignes au bord de la Loire (cette maison existe toujours, à l'ombre du clocher de Sainte-Radegonde, elle est visible à droite du pont de l'autoroute en venant de Paris). Chaque année à la Saint Vincent, patron des vignerons, au banquet qui clôturait la vendange de son cru, le Clos de la Folie, il consommait, bien qu'austère et frugal, une oie grasse à lui tout seul (chaque convive avait la sienne).
Décédé à Orléans dans sa 91ème année, bien que réformé pour "faiblesse de constitution" sous Napoléon 1er (jeune, on l'avait sauvé de la conscription impériale en le privant de sommeil), il y avait été vice-président du Conseil des Prudhommes et l'un des fondateurs de la Caisse d' Epargne dont il était alors encore administrateur. Il était très fier d'avoir participé à la décision de donner sa grande largeur à la rue Jeanne d'Arc.

Sa fille, Constance (que l'on surnommait "coeur d'acier"), fut mariée à Alexandre DUJONCQUOY, tricoteur de laine à Pussay, qui employait 300 ouvriers tant à Pussay qu'à Dourdan et faisait travailler au tricot plus de 10.000 femmes dans les villages de cette Beauce "aux plaines si douces au coeur" de leur fille Julie (lire son "Voyage aux Pyrénées").

L' "Histoire de la famille FEAU" a permis d'identifier 18 nouveaux ancêtres directs.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×