La branche Langevin

LA BRANCHE LANGEVIN

La famille LANGEVIN a fait l'objet d'une relation tout à fait remarquable de la main de notre oncle Jules Baillet dont voici quelques extraits :

"La notice généalogique et historique sur la famille LANGEVIN  a été tirée, pour ce qui concerne les 17° et 18° siècles, exclusivement de deux sources : les registres paroissiaux de la ville d'Amiens et des billets de faire-part d' obsèques conservés dans la famille.

Les registres des baptêmes, mariages et sépultures étaient tenus dans chaque paroisse pour se conformer à l'ordonnance de Villers-Cotteret de 1555. Les actes nous fournissent très peu de renseignements : un nom, des prénoms, une date. Peu à peu ils deviendront plus explicites. On apprendra les noms des parrains et marraines, et ceux des pères et mères des baptisés. On nommera les pères et mères des conjoints, puis les témoins dont, plus tard, on dira les relations de parenté et d'amitié avec les parties. Pour les défunts on ne recherchera guère ni origine, ni date de naissance, mais on consignera leur âge approximatif, leur profession, leur habitation. Au début, il faut deviner les filiations, à la fin les parentés s'imposent. Dans les premiers temps, on n'exige aucune signature; plus tard tous les proches et alliés veulent apposer la leur :  l' écriture et le paraphe servent à des Identifications. On remarque, à Amiens comme ailleurs, que, pour les baptêmes, on choisissait, comme parrains et marraines, les grands-parents, les oncles et tantes, en accouplant les deux lignées paternelle et maternelle ; ensuite on recourait aux frères et soeurs aînés, même très jeunes, enfin aux cousins et amis.

Il ne faut pas se tromper sur le sens des mots " damoiselle" ou "mademoiselle" dont on qualifiait les femmes mariées de bonne bourgeoisie, à l' exclusion des célibataires, filles majeures, même très âgées. L'appellation de "madame" apparaît pour la première fois dans les actes de la famille le 19 décembre 1758 : "marraine madame Opportune LANGEVIN, tante paternelle. Le titre de "monsieur" était attribué parcimonieusement. Celui de "messire" était réservé aux ecclésiastiques, celui de " maître" aux gens de robe.
L'orthographe des noms propres, sans parler des autres, dépendait de la fantaisie ou de l'ignorance des rédacteurs. Le nom de la famille est souvent écrit incorrectement LANCHEVIN et au bas de l'acte il est signé normalement. De même pour LANGUEVIN. Parfois le signataire lui-même défigure son nom.
L'usage de la particule ne prouve pas la noblesse, ni son absence la roture. Mais le commerce faisait déroger. Ainsi voit-on DE LANNEAU et LANNEAU, DE RIVERY et RIVERY.

Mon père avait fait faire des copies de 123 actes relatifs aux LANGEVIN dans les registres de 8 paroisses d'Amiens. Ces copies s'ajoutent à une collection de 35 billets de faire-part de décès. L'ensemble couvre de 1666 à 1823.

La famille LANGEVIN

Le nom même de la famille indique son origine lointaine. De l'Anjou, elle vint s'établir en Picardie dans la paroisse d'Oisemont, village situé à l'extrémité méridionale du baillage d'Amiens. Sa prospérité engagea le chef de la famille à transporter plus tard son petit commerce à Amiens. L'importance des LANGEVIN continua de grandir et ils eurent bientôt leur place parmi les familles de marchands et bourgeois où l' on recrutait les membres et les présidents de la justice consulaire ou de la Chambre de Commerce d' Amiens.
Le chef de famille le plus ancien auquel on remonte certainement, tant pour la famille que pour la maison de commerce, est Jacques LANGEVIN qui épousa Elizabeth SIMON en 1666. Son fils Jacques eut 5 enfants d'un premier mariage et 8 ou 9 d'un second avec Marie-Anne DELANNEAU dont le 6°, Jean-Baptiste-Jacques, devait permettre aux LANGEVIN de perpétuer leur descendance jusqu'en 1940.
A plusieurs reprises et à chaque génération, les LANGEVIN ont donné des modèles de familles nombreuses. Il y sévissait comme toujours autrefois une importante mortalité infantile ; nous en avons relevé des exemples chez les LANGEVIN : enfants qui ne reparaissent plus ou dont on a l'acte de décès, ou qui laissent à des cadets le surnom d' "aîné". Nous avons d'autre part constaté le cas d'aînés qui ne se marient pas, de veufs inconsolables, de "filles majeures" (pour ne pas dire vieilles filles) qui aident leur mère à élever de plus jeunes frères et soeurs, dont elles sont souvent les marraines, ou qui tiennent compagnie à leurs vieux parents. Ainsi s'évite la surpopulation.

Les LANGEVIN du 17ème au début du 19ème siècles se distinguent tous comme commerçants. Dans les premières générations, ils reçoivent le titre de "marchands". Le titre de "négociant s' y substitue au milieu du 18ème (certain se marie marchand et meurt négociant). Ils se marient avec des filles ou fils de commerçants, certains dans le monde de la robe ou des fonctionnaires.
Les LANGEVIN étaient bien considérés, leurs alliances le prouvent. Plusieurs des familles alliées sortaient de la noblesse ou y confinaient ; leurs noms comportaient une particule que l' on inscrivait ou supprimait tour à tour.
A la qualité de "marchand", plusieurs des LANGEVIN et de leurs alliés ont joint celle de "bourgeois" de la ville d'Amiens. Le monde du commerce les tenait en haute estime et confia à plusieurs d'entre eux ou à leurs alliés la charge de "consul" ou "juge consul", ce que nous appelons aujourd' hui "juge au tribunal de commerce".
Les LANGEVIN fournissaient la cour de l'Empereur en dentelles et ne se contentaient pas d'affaires locales, ils faisaient de l'importation et de l'exportation. En témoignent leurs passeports où sont mentionnés leurs passages à Turin, Bruxelles, Amsterdam".

Les LANGEVIN-RIVERY

Jean-Baptiste-Jacques LANGEVIN (1718 - 1823) eut 14 enfants de Catherine-Elisabeth de RIVERY, fille de François, marchand et ancien consul (portrait chez Joël BISEAU). Les RIVERY étaient peut-être lointains cousins d' Aimée de DUBUQ de RIVERY, dont Sidonie LANGEVIN, née, comme elle le disait, au temps de      l' Empire Premier, a raconté l'histoire à notre oncle Jules BAILLET. Selon la légende, Aimée, descendante d'un gentilhomme réfugié aux Antilles après s'être battu en duel, aurait été capturée en Méditerranée par des pirates barbaresques, puis, vendue pour sa beauté au sultan de Constantinople, qui l'admit en son sérail et la nomma "Sultane Validé" quand elle lui donna un fils, Mahmoud, le futur sultan réformateur.
Bâtie sur des rumeurs, mais aussi sur des éléments avérés, la légende a donné naissance à un mythe toujours entretenu par la famille du BUC, exploité sous bien des formes, sans jamais devenir pour autant vérité historique (voir plus loin).
Légende ou pas, le rattachement de nos de RIVERY aux DUBUQ de RIVERY reste également à établir, bien que Marie-Antoinette BONNICHON, victime elle aussi du mythe, ait bel et bien affirmé dans une lettre à Guy BISEAU en avril 1983, qu' Aimée était la nièce de Catherine-Elisabeth !

Les aventures de Théophile

" Nous avons recueilli de la bouche de sa fille, notre grand-mère, plusieurs anecdotes sur Théophile, 14ème et dernier enfant de Jean-Baptiste-Jacques.

Il avait été envoyé à Paris, comme employé, chez un de ses beaux-frères, marchand d' étoffes, pour apprendre le commerce. Un jour, son beau-frère lui dit : "je suis convoqué pour la Garde Nationale et j' ai beaucoup à faire. Nous sommes de même taille, endosse mon uniforme et va à ma place". Ce qui fut fait. Notre gaillard fut mis en sentinelle au Temple, à la porte du roi Louis XVI, prisonnier. Passant alors, le roi le regarda avec curiosité et insistance, pensant sans doute que ce jeune homme d' une tenue correcte pouvait être un émissaire secret. Mais le jeune homme ne dit rien et le roi passa outre. Ainsi Théophile vit-il le roi Louis XVI.

A quelque temps de là, il fut pris par la conscription et envoyé à Lorient sur le vaisseau Le Vaillant, de la même escadre que Le Vengeur. Il y devint officier. Mais à la bataille d'Ouessant (combat du 13 Prairial), le vaisseau fut coulé : "le matin, nous étions 600 sur le navire ; le soir, les anglais avaient repêché 60 d'entre nous qui furent envoyés prisonniers sur des pontons en Angleterre".
Sur les pontons, la vie était dure, la nourriture insuffisante. Quand les prisonniers pouvaient descendre à terre, ils passaient leur temps à chercher dans les haies des escargots pour améliorer l'ordinaire. Un jour, un personnage se présenta sur les pontons, demandant s'il y avait parmi les prisonniers un officier qui pût prendre les fonctions de secrétaire de Lord Castlereagh. Théophile fut choisi. Or il arriva que la fille du lord l'invita à faire une promenade avec elle dans le parc du château, ce que le jeune homme refusa poliment. Mais le lendemain, Lord Castlereagh reprocha à son secrétaire l'affront qu' il avait fait à sa fille. Celui-ci s'excusa : "en acceptant cette offre, j' aurais manqué aux lois de la politesse française". Rien n' y fit, le secrétaire congédié dut retourner sur les pontons. Heureusement, à quelque temps de là, eut lieu, précédant la Paix d' Amiens, un échange de prisonniers et Théophile revint en France. Son absence avait-elle paru suspecte ? Sur son passeport de 1809, il est qualifié de ‘’réquisitionnaire amnistié‘’.

Après sa libération, il épousa Catherine CARON dont le père, négociant à Amiens, le mit à la tête d' une ferme qu' il possédait à Renancourt.
Cependant, il n' abandonnait pas pour autant la maison de commerce familiale. Ses passeports le montrent négociant, voyageant tant en France qu'à l'étranger. C'est dans un de ces voyages qu'il lui arriva une nouvelle aventure. En ce temps-là, on voyageait surtout à cheval, "à bidet". Théophile, donc, traversait la forêt de Crécy, son cheval était fatigué, la nuit tombait. Il alla demander l'hospitalité dans une maisonnette de bûcheron. Ses hôtes lui firent bonne mine. Dans la pièce unique qui servait de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher, il y avait deux lits, de ces lits anciens à hautes colonnes dans les angles et des rideaux tout autour. On l'invita à se coucher dans l' un d'eux. Il n' y était pas encore endormi qu'il entendit une dispute entre le bûcheron et sa femme : "le tuons-nous tout de suite, disait l'un ?", l'autre répondait : "non, il sera bien temps au jour". Il n'en distingua pas davantage, mais résolut de vendre chèrement sa peau. Pourtant le silence se fit et il dormit. Le lendemain, dès l'aube, il sortit pour seller son cheval. Dans la cour, plus matinaux que lui, ses hôtes : "voyez, nous venons de tuer notre cochon". Et le porc suspendu saignait encore. "Malheureux, dit le voyageur, vous l'avez échappé belle ! Vous aviez hier soir parlé de tuer quelqu'un, je m'étais mis à genoux sur mon lit, mes deux pistolets aux poings, et malheur à qui aurait touché à mes rideaux, je faisais feu ! ".

Une autre fois, il traversait encore une forêt. Tout à coup il voit surgir devant lui une bande d'hommes armés qui lui demandent la bourse ou la vie. Essayer de se défendre ? Inutile.  Il s'exécute, donne tout ce   qu' il a sur lui et repart. Mais au bout de quelque cent mètres, il s'arrête et revient sur ses pas, courant et criant : "messieurs les voleurs ! arrêtez ! ". La bande reparaît : "messieurs, je vous ai tout donné, mais vous m'avez fait tellement peur que j'en suis malade. De grâce, rendez-moi un écu pour que je me fasse saigner au prochain bourg". Ils le regardèrent, le virent blême ou pourpre, enfin défiguré. Ils furent convaincus de sa bonne foi, lui rendirent un écu et disparurent sans l'écouter leur dire : "merci, messieurs les voleurs".

Un jour, un homme d'affaires annonça qu'un cousin Langevin était décédé laissant une belle fortune, mais il fallait aller la recueillir au Canada. Catherine ne voulut point que l'ancien marin reprît la mer. Craignait-elle une trop longue séparation ? Redoutait-elle un plongeon plus funeste que celui du Vaillant ? Bref, il renonça au voyage et à l' héritage.

Sidonie LANGEVIN, "maman-mère"

Notre grand-mère est née en 1808 au "temps de l' Empire Premier" comme elle disait. Elevée à Renancourt dans la ferme de ses parents, elle fut mise en pension à Amiens où elle reçut une instruction littéraire bien poussée. Elle aimait les vers et se rappelait avec fierté que dans une occasion solennelle elle avait tenu le rôle d' Athalie, et dans sa vieillesse elle en récitait encore des tirades.
Fermière modèle à Fouilloy auprès de son mari, de 18 ans plus âgé qu'elle, elle s'établit à Amiens pour veiller à la santé et aux études de son fils Auguste. Elle apprit le latin pour lui donner des répétitions. Le papa venait de la campagne le dimanche, apportant les provisions de la semaine. Les études terminées, elle suivit Auguste à Paris : il y prépara Polytechnique à Sainte-Barbe avant de se rabattre sur l' Ecole des Chartes. La date du concours étant passée, elle résolut de remuer ciel et terre, jusqu' à avoir la hardiesse de solliciter le ministre lui-même ; elle obtint que son fils fût nommé seul d' une promotion supplémentaire. Sorti major de l' Ecole des Chartes, Auguste entra aux Archives Nationales. Elle resta auprès de lui jusqu' à son mariage et retourna alors à Fouilloy où la rejoignit sa mère. A la mort de son mari, Auguste l' installa avec sa mère à Angerville près de Pussay. Elle le suivit enfin à Orléans en 1874, toujours avec sa mère, et quand Julie, sa belle-fille mourut à Cauterets en 1877, elle la remplaça auprès de ses petits-enfants.
Nous l' avions appelée "Maman-mère" associant les deux noms que lui donnaient nos parents : elle mérita bien cette dénomination doublement maternelle. Elle nous a donné l' exemple et le goût du travail. La première levée, elle veillait à ce que chaque chose fût prête à son heure et mise en sa place. Elle savait commander et se faire obéir. A ses bonnes elle demandait beaucoup, jamais trop. Elle en faisait  d' excellentes ménagères qui ne la quittaient que pour se marier. Dans une maison où, à chaque repas, 12 personnes se mettaient à table, il fallait de l' activité, du savoir-faire, de l' ordre, une économie exacte mais décente et l' amour de la besogne bien faite. Quand l' âge la força de s' arrêter, elle passa la direction de la maison à sa fille Ernestine. Mais ce n'était pas sans impatience qu' elle demeurait attachée à son vieux fauteuil, il lui fallait toujours entre les mains une tapisserie ou un tricot pour ses petits-enfants, les pauvres ou les missionnaires.

Elle devait rendre son âme à Dieu à 89 ans, vénérée de tous après une vie de dévouement continu".

 

 

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